Franck Margain : “La souplesse de l’administration dans cette épreuve est réelle et efficace”

Président de l’agence de promotion et d’attractivité internationale de la région Île-de-France, Choose Paris Region, le conseiller régional Franck Margain détaille l’accompagnement par la région des acteurs privés en cette période de crise sanitaire et pour favoriser la reprise à l’issue de cette crise. Si les conséquences économiques sont très lourdes, la région continue de travailler pour que l’Île-de-France devienne “le terrain naturel” d’installation des entreprises internationales en Europe.

Comment l’agence d’attractivité et de promotion internationale de la région que vous présidez vit-elle la crise sanitaire ?
Les conséquences de cette crise sanitaire sans précédent sont très lourdes pour l’activité économique de notre région, son développement et son attractivité, avec pour premier secteur touché le voyage de tourisme et d’affaires. Les projets d’implantation d’entreprises internationales en Île-de-France, que notre agence soutient et accompagne, sont aujourd’hui clairement en stand-by parce que, pour ces groupes internationaux, l’urgence n’est pas au développement. C’est difficile, très difficile. Pour autant, ces projets ne sont pas annulés, mais mis en attente.

À l’image de VivaTech [initialement prévu du 11 au 13 juin porte de Versailles à Paris, ndlr], de nombreux colloques et salons sont reportés. Pensez-vous que ces événements seront tous reportés à l’automne ?
Il y a un risque d’embouteillage avec les événements déjà prévus à l’automne, donc certains seront forcément annulés. Nous risquons de vivre un confinement de l’ordre de six semaines, à ce que j’entends et dans l’attente que cela soit confirmé. Les coûts seront très importants et les conséquences fortes, notamment en matière de chômage partiel. Mais ces six semaines pourront, du moins en partie, être réétalées sur la trentaine de semaines restantes dans l’année. Concernant VivaTech, qui sera certainement reporté à l’automne, c’est évidemment très problématique, dans la mesure ou cet événement touche au cœur de l’innovation et du savoir-faire français et renforce la capacité de l’Île-de-France à devenir une région animatrice du tissu innovant. Nous avons beaucoup travaillé en ce sens depuis le Brexit pour que Paris et sa région deviennent le terrain naturel d’installation des entreprises internationales qui ont besoin d’étendre leurs marchés en Europe, en lieu et place de Londres. Bien sûr, cette volonté n’est pas remise en question, parce que tous les pays européens sont touchés par la pandémie. Mais c’est un coup dur.

Au-delà de la stupeur initiale, préparez-vous déjà la suite ?
“Stupeur” est le mot adapté : nous sommes stupéfaits, mais nous ne sommes pas anéantis. L’activité économique continue de fonctionner, notamment le secteur industriel et agroalimentaire, les entreprises de service, d’informatique et de télécoms, etc. Une grande partie de la France et de notre région reste au travail et le gouvernement pousse à ce que l’activité se poursuive au maximum, avec toutes les précautions possibles – je pense notamment au secteur du BTP. Bien sûr, des secteurs restent à l’arrêt et des entreprises sont très impactées, comme Air France. La possibilité de la fermeture provisoire d’Orly se profile, pour concentrer l’activité sur Roissy. Au sein de l’agence, nous préparons effectivement la suite, avec nos 70 personnels en télétravail. Et nous intervenons pour fédérer les très nombreuses initiatives des acteurs locaux, comme par exemple en matière de matériel médical, masques, tests, etc.

Vous travaillez en lien permanent avec les entreprises internationales installées ou qui souhaitent s’installer en Île-de-France. Quelles sont leurs demandes et leurs attentes ?
Nous intervenons pour accompagner les entreprises dans leurs démarches de protection des salariés, de chômage partiel, de mise au ralenti de leurs activités, etc. Certaines filières sont force de proposition et nous offrent leurs capacités industrielles dans cette période de crise, notamment pour les activités d’imprimantes 3 D, qui peuvent permettre la production du matériel médical dont nous avons tant besoin. Et nous maintenons le lien avec les entreprises qui souhaitaient développer des activités en Île-de-France et dont les projets sont ralentis. Ces entreprises ont besoin de réponses. Nous sommes leur interlocuteur. Les demandes vont donc de réponses pragmatiques à l’urgence jusqu’aux réflexions sur l’après-crise.

Pensez-vous et espérez-vous que l’État mettra “le paquet” après le confinement, pour permettre un redémarrage rapide de l’activité ?
C’est du moins ce que le gouvernement a dit et les premières mesures vont dans ce sens, avec des budgets très importants consacrés au maintien de l’activité économique, la non-mise au chômage définitif des salariés, les reports de charges et de prêts bancaires, etc. Ces mesures coûtent beaucoup d’argent. Elles n’ont qu’un objectif : repartir au plus vite. Et le confinement pèsera lourd sur l’activité mais il ne sera pas infini. Le ministre de l’Éducation nationale [Jean-Michel Blanquer, ndlr] a avancé la date du 5 mai pour la réouverture des écoles et des universités. On peut penser que cette date marquera un début de retour à la normale. Il faut tenir jusque-là. Nous y contribuons activement.

Pensez-vous que le secteur public sortira transformé de cette épreuve et que les relations entre celui-ci et les entreprises seront renforcées ?
C’est un vœu que je fais. Si le monde parfait est difficile à construire, il est de notre devoir d’y tendre… Plus concrètement, chaque épreuve a rendu l’action publique plus forte. Regardez la crise de 2008, qui était une crise du système financier : elle a “permis” une régulation plus forte entre les banques, la compliance [le fait de demander à des opérateurs privés d’internaliser des objectifs d’intérêt général, ndlr], les mesures contre les risques systémiques… Le régulateur a conduit à un renforcement des bilans des établissements bancaires pour éviter les faillites. De notre côté, nous nous mobilisons pleinement avec la mise en ligne, en un temps record, d’une plate-forme détaillant toutes les procédures et toutes les aides susceptibles d’accompagner les entreprises. Quand l’urgence est là, les verrous sautent, les autorisations sont données et la volonté d’arriver se matérialise plus rapidement. La souplesse de l’administration dans cette épreuve est réelle et efficace, et je suis convaincu que demain, un peu de cette souplesse perdurera.

Les mesures prises par la région Île-de-France en réponse à la crise sanitaire
  - Une page d’accueil sur le Covid-19
  - Une page contenant le récapitulatif de toutes les mesures déjà prises dans tous les secteurs
  - Une page réservée au numéro d’appel unique et aux 4 cellules d’urgence mises en place à la région
  - Une page consacrée au plan d’urgence pour les entreprises
  - Une page spécifique sur l’enseignement (lycées, enseignement supérieur, formations professionnelles, formations sanitaires et sociales)
  - Une page dédiée à l’accompagnement des professionnels de santé
  - Une page présentant les mesures solidaires pour les Franciliens les plus vulnérables

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