Club de la Performance publique

Partager

Pour répondre aux fortes attentes d’une société en mutation, pour assurer les conditions d’une croissance durable dans un environnement très concurrentiel, pour défendre et adapter un modèle social, socle du pacte républicain et possible rempart contre les conséquences de la crise financière mondiale, les organisations publiques se doivent d’être performantes. Les équipes Secteur Public d'EY ont pour ambition d’accompagner les administrations vers davantage d’efficacité, de performance et de transparence.

8 min

Sondage exclusif : les Français tentés par l’identité numérique pour faciliter leurs démarches et formalités

Si les personnes interrogées par l’Ifop pour notre enquête Acteurs publics/EY restent partagées sur l’utilité d’une identité numérique, elles en perçoivent bien les avantages, notamment pour mener des démarches en ligne ou voter. À condition toutefois que la puissance publique garantisse la sécurité de ces titres…

Une lente maturation… Si seule une minorité de Français perçoivent l’utilité de disposer d’une identité numérique sécurisée, l’intérêt pour celle-ci se renforce après l’évocation de ses différents usages et éventuels garants, selon l’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques, réalisée par l’Ifop.

Spontanément, les Français ne sont qu’une minorité à estimer utile de disposer d’une identité numérique sécurisée en plus de leurs titres papiers (40 %, dont 17 % “tout à fait”). A contrario, 49 % des Français ne jugent pas cela utile et 11 % ne se prononcent pas, signe d’une méconnaissance par une partie de la population des usages et du fonctionnement d’un tel titre.

Fracture générationnelle

Les catégories de population qui perçoivent le plus l’utilité d’une identité numérique sécurisée sont les jeunes (49 % des moins de 35 ans), les cadres (59 %) et les hommes (46 %). Les Français perçoivent surtout l’identité numérique sécurisée comme un outil permettant de faciliter les formalités et démarches relevant de la sphère publique. Ils sont ainsi une petite moitié à déclarer qu’elle leur serait utile pour mener des démarches administratives en ligne (44 %) ou se faire contrôler à l’aéroport (42 %). Des scores moins importants sont mesurés pour tout ce qui relève davantage du privé.

Environ un tiers pense ainsi pouvoir en avoir besoin pour voter (36 %), accéder à des lieux sécurisés (33 %), accéder ou donner accès à ses données de santé (33 %) et effectuer des achats sécurisés sur Internet (32 %).  

Les institutions sont perçues comme les meilleures garantes possibles de ces titres, appréhendés avant tout comme voués à servir dans la sphère publique. Sans surprise, ce serait donc à des acteurs publics et principalement au ministère de l’Intérieur ou aux préfectures que les Français feraient le plus confiance pour garantir cette identité numérique sécurisée (50 % dont 40 % “en premier”). Viennent ensuite un autre organisme d’État indépendant (26 % au total), un tiers de confiance de la sphère publique (18 %) et les collectivités territoriales (17 %). La confiance pour cela est très faible, cependant, envers les opérateurs du monde du digital, qu’ils soient français (1 %) ou étrangers (5 %) et surtout envers les grandes entreprises du numériques étrangères (3 %).

1 Français sur 2 demanderait sa carte d’identité à puce

Après l’évocation des multiples usages d’une identité numérique sécurisée, ainsi que de ses garants potentiels, la moitié des Français déclarent qu’ils demanderaient une carte d’identité dotée d’une puce permettant la création de leur identité numérique si leur pays le proposait (50 %, soit plus que la proportion estimant utile, en début de questionnaire, une telle identité numérique).

Ils seraient même 15 % à faire cette demande “certainement” tandis que 36 % ne la feraient pas et que 14 % ne se prononcent pas. Les plus enclins à faire cette demande seraient, là encore, les cadres (69 %) et les hommes (57 %), mais également les retraités (59 %).

Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop

L’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques réalisée par l’Ifop a été menée par questionnaire auto-administré en ligne les 26 et 27 janvier 2021 auprès d’un échantillon de 1 015 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

EXPERTISE

L’identité numérique, un outil majeur de développement économique et de transformation publique 

Par Jérôme Fabry, associé France EY-Parthenon, secteur public et éducation

L’identité numérique est un objet hybride, à la fois serpent de mer et enjeu majeur de simplification et de sécurisation des échanges économiques et administratifs.

Le sujet est en effet ancien. Défini par l’Union européenne, qui réglemente l’identification numérique et les services de confiance pour les transactions électroniques (eIDAS), il s’est matérialisé en France depuis 2015 par les initiatives FranceConnect, qui permettent de s’authentifier en ligne aux services publics grâce à des identifiants à niveau eIDAS “faible”, comme ceux des impôts ou de l’assurance maladie. L’identité numérique est aujourd’hui à un carrefour : pour être déployée auprès des citoyens et des entreprises et permettre d’accéder à une gamme plus large de services, elle nécessite d’apporter de meilleures garanties de sécurité, à un niveau eIDAS au moins “substantiel”. En garantissant les systèmes d’identification des citoyens, l’État peut à la fois soutenir le développement des usages numériques pour ses entreprises et ses citoyens, protéger la souveraineté ­nationale de la donnée et mieux lutter contre la fraude.

C’est pourquoi de nombreuses initiatives ont fleuri à l’étranger avec la mise en œuvre de différentes solutions d’identité numérique permettant d’accéder à des bouquets de services à la fois publics et privés qui facilitent l’accès à des dossiers médicaux, l’accès physique à des lieux sécurisés, le paiement de montants élevés ou l’accès à des comptes personnels (assurance maladie ou retraite). C’est d’ailleurs souvent la réglementation bancaire qui accélère le besoin d’authentification et qui a encouragé les acteurs bancaires et des télécommunications à développer des solutions d’identité numérique, comme ce fut le cas au Danemark ou en Belgique.

Aujourd’hui, l’identité numérique peut être un vecteur important de développement économique. En effet, elle garantit la sécurité des échanges dématérialisés et favorise le développement de divers services privés, comme les services dans les domaines bancaires, de l’assurance ou des télécommunications, qui sont beaucoup plus souvent utilisés que les services publics. Le marché français de l’identité numérique, notamment financé par les fournisseurs de services privés, est encore naissant, la gratuité de l’usage étant une condition sine qua non du développement des usages. Il devrait toutefois évoluer de 3 millions d’euros en 2023 jusqu’à 257 millions d’euros à ­l’horizon 2030. La maturité de ce marché sera notamment assurée par la massification de la carte nationale d’identité électronique, dont la délivrance pourra encourager les citoyens à souscrire à des solutions d’identité numérique, mais aussi par une cannibalisation ­progressive du processus d’enrôlement à distance des entreprises. Ces dernières pourront désormais s’appuyer sur une solution d’identité numérique beaucoup moins chère que les processus traditionnels de KYC (Know Your Customer). Grâce aux solutions d’identité numérique, les coûts pour un acteur bancaire, par exemple, pourraient être réduits de 12,5 euros à 2 euros par usager !

L’identité numérique est également assise sur un écosystème technologique national dynamique, alliant des groupes et start-up qui soutiennent cette croissance. Des champions nationaux, tels qu’Orange ou Ariadnext, ont un potentiel de développement important en France. Cependant, la levée des incertitudes sur le périmètre d’action de la solution étatique d’identité numérique, l’ancienne Alicem, permettrait de sécuriser leur modèle économique. La création de FranceConnect+ permettra aussi de créer un environnement propice au développement des différentes solutions privées qui sont encore, pour leur majorité, en cours de qualification auprès de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Une offre d’identité numérique compétitive au niveau international nécessite en outre d’avoir des preuves de concept à l’échelle d’un pays. C’est justement ce que les géants du numérique ou encore le duo Mastercard et Samsung s’efforcent de réaliser en lançant des offres mondiales s’appuyant sur leur réseau de clients déjà massif et en proposant une expérience ultra-simplifiée. Face à cette concurrence de poids, les entreprises françaises ont besoin d’être encouragées au niveau national par une clarification du rôle de l’État en tant que fournisseur d’identité et d’être soutenues à l’export grâce à la ­promotion d’un modèle français qui fait de la sécurité et de la souveraineté de la donnée un facteur de différenciation majeur.

En outre, l’identité numérique est un levier important de transformation publique. En partant des usages potentiels des citoyens, elle pousse les administrations à construire de nouveaux dispositifs centrés sur leurs besoins. En effet, garantir 100 % de procédures dématérialisées pour atteindre les objectifs du président de la République nécessite de développer les usages publics en sécurisant les échanges entre les administrations et les citoyens. Les dispositifs actuels ont permis le développement d’applications qui fonctionnent, comme Impôts.gouv.fr, mais le potentiel est encore gigantesque, sur des procédures publiques usuelles, comme inscrire un enfant à la crèche, consulter un relevé de carrière pour la retraite, déclarer un déménagement, ainsi que sur celles qui restent très sensibles – voter en ligne, passer un examen dématérialisé, renouveler un titre d’identité, déclarer une naissance – et qui nécessitent un niveau de sécurité eIDAS “élevé”.

Cependant, la mise en œuvre réelle et rapide de l’identité numérique en France soulève d’importantes questions de souveraineté de la donnée et de la vie privée des Français. Protéger les données des Français nécessite assurément une solution dans laquelle l’État doit être la pierre angulaire, mais dans laquelle il ne peut agir seul s’il ne veut pas concurrencer le secteur privé. C’est pourquoi un modèle hybride, organisé autour de la puissance publique au premier rang et en associant les entreprises privées dans un second rang, peut à la fois garantir la protection régalienne des citoyens et le développement d’un projet économique. Il est indispensable que ce modèle économique et organisationnel puisse être accéléré en 2021, l’occasion unique de mettre en œuvre à la fois un “État qui protège” et un “État qui libère” est aujourd’hui à saisir !

Voir l'émission l'Observatoire des politiques publiques avec Christine Hennion, députée des Hauts-de-Seine, corapporteure de la mission d’information sur l’identité numérique, et Jérôme Fabry, associé EY-Parthenon. 

La Belgique en pointe sur l’identité numérique
La Belgique est aujourd’hui l’un des modèles de l’identité numérique en Europe. Avec le lancement en 2004 de la carte eID et le déploiement massif du lecteur à carte, il a été possible d’offrir un canal d’identification numérique aux services publics pour l’ensemble de la population dès 2009. Le lancement de l’application “Itsme” en 2017 a ensuite permis de dériver la carte eID sur les smartphones et de fournir un accès aux services publics, mais aussi à une myriade de services privés, qui ne cessent par ailleurs d’augmenter. Développée par un consortium privé rassemblant les grandes banques et les opérateurs téléphoniques, Itsme compte 2,6 millions d’utilisateurs en moins de trois ans et engrange environ 100 000 nouveaux utilisateurs par mois. Itsme compte devenir un leader européen de l’identité numérique. Dès qu’elle aura convaincu 2 Belges sur 3 de s’identifier en ligne, l’application vise une intégration avec les objets connectés afin d’offrir une expérience d’identification simple et sûre pour les usages du quotidien, comme démarrer sa voiture avec son smartphone ! 

La Poste, première identité numérique certifiée en France
Aujourd’hui, une seule identité numérique française existe dans l’univers de FranceConnect. La solution “L’identité numérique” de La Poste est pour l’instant la seule à avoir été certifiée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, permettant au groupe public de se positionner en tête du peloton des offres disponibles. La Poste jouit en effet de son rôle historique de tiers de confiance des Français. Comme les autres solutions d’identité numérique européennes, il s’agit d’un service gratuit pour les usagers. Le processus d’enrôlement, c’est-à-dire de vérification des pièces d’identité, pourra se réaliser de différentes façons : lors du passage d’un postier, dans un bureau de poste ou via une vérification en ligne par AR24, ou grâce à la solution de La Poste pour les lettres recommandées. “L’identité numérique” permettra de donner un accès aux différents services publics et privés dans FranceConnect et FranceConnect+, aux services proposés par le groupe, mais aussi à d’autres fournisseurs de services privés qui auront contractualisé directement avec l’acteur postal.

Afficher plus d'articles

Club des acteurs publics

Votre navigateur est désuet!

Mettez à jour votre navigateur pour afficher correctement ce site Web. Mettre à jour maintenant

×