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L’expérience du passé au service du Climat

Dans le cadre de son second rapport et du périple du Train du Climat, le comité AcclimaTerra de Nouvelle Aquitaine a souhaité intégrer la dimension historique dans sa réflexion sur les extrêmes climatiques.

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Une telle démarche peut surprendre dans la mesure où c’est plutôt leurs impacts actuels et futurs qui nous soucient à l’heure du changement climatique. Pourtant, le retour d’expérience des siècles passés nous apprend beaucoup en termes de fréquence, d’intensité et de réactions des sociétés jadis confrontées à ce qu’elles appelaient les « dérangements du temps ». De facto, du haut de ses mètres cubes d’archives, l’historien enregistre la signature sociale des catastrophes anciennes en raison de leur impact socio-économique. Elles étaient donc systématiquement enregistrées par les institutions (religieuses, publiques, militaires) et les particuliers. Comme aujourd’hui, tous étaient traumatisés par les dommages humains et matériels subis lors du passage d’une tempête, la survenue d’une inondation ou encore d’une sécheresse. 

Les archives soulignent la dimension humaine de la catastrophe, littéralement le bouleversement (du grec katastrophê). Ce phénomène brutal et rapide marquait une rupture et engendrait une modification du système concerné, voir un nouveau système qui pouvait paradoxalement donner naissance à un modèle plus pertinent et durable. Nous parlerions de nos jours de capacité de résilience. Mieux encore, les témoignages de nos prédécesseurs conservés dans les archives de Nouvelle Aquitaine montrent combien le retour d’expérience comptait afin d’éviter la répétition de ces désastres ou d’en réduire la puissance.

Quelques semaines seulement après les dramatiques inondations de l’Aude, l’éclairage historique montre comment nos devanciers tentaient de limiter leur vulnérabilité en conservant la mémoire des catastrophes et en évitant de s’installer autant que faire se peut dans les zones inondables où au plus près du trait de côte et en développant un habitat à étages. Le respect du principe de précaution donna naissance à des paysages diversifiés avec leurs zones naturelles protectrices comme les marais, les dunes et les forêts mixtes. Aujourd’hui, ils nous offrent de multiples exemples d’environnements plus durables sur les plans économique et écologique que nous serions probablement bien inspirés de prendre en compte dans nos futures stratégies d’adaptation, trop souvent fondées sur le seul recours à l’ingénierie et à des défenses en dur dispendieuses et vulnérables, comme l’ont montré la tempête Xynthia ou plus récemment les crues audoises.

A n’en pas douter, l’expérience du passé donne ainsi tout son sens à la déclaration du philosophe Rousseau au lendemain du tsunami de Lisbonne en 1755 : "La plupart de nos maux physiques sont encore notre ouvrage".

Emmanuel Garnier, Directeur de Recherche CNRS 
UMR 6249 CNRS Chrono-Environnement, Université de Besançon

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