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6 min

La transition numérique, l’économie verte et l’inclusion au cœur des plans de relance européens

Dans ce deuxième article Accenture-Acteurs Publics consacré à l’analyse des plans de relance en Europe, nous nous intéressons à la composition sectorielle des plans de relance déposés ces dernières semaines auprès de la Commission par l’Allemagne, l’Espagne, la France et l’Italie, en zoomant sur les volets transition numérique et la croissance verte et durable. 

La crise a suscité une forte attente de changement pour reconstruire nos économies « en mieux », et le « retour à la normale » ne saurait se mesurer exclusivement à l’aune d’un retour de la croissance du PIB à un niveau d’avant crise1.

La période historique que nous traversons invite les gouvernements du monde entier à interroger la meilleure façon d’investir au profit d’un nouveau modèle de croissance.  


L’Union européenne s’est faite l’écho de cette ambition, en exigeant des Etats membres que les plans de relance répondent à deux contraintes : que 37 % des enveloppes soient allouées au soutien à la transition écologique, et 20% à l’accélération de la transition numérique. Accenture a réalisé une analyse de la composition des plans présentés à la Commission. Trois secteurs clés d’intervention se dégagent des plans : la transition verte, le soutien aux politiques sociales (santé, éducation, services sociaux) et enfin la digitalisation et la modernisation des administrations.

Propositions d'investis... by Acteurs publics

Parmi les interventions sectorielles mises en avant par les Etats membres sur chacun de ces piliers, on relève des invariants autour de deux priorités : mettre les administrations et les services publics au cœur de l’économie digitale de demain, et accélérer la transition vers une croissance verte. 
Les sections suivantes font le zoom sur ces deux dimensions.

1. Mettre les services publics au cœur de l’économie digitale de demain, en accélérant la transition numérique et en accompagnant les agents vers ces nouvelles modalités de travail

L’un des impacts majeurs de la pandémie déjà largement commenté est l’accélération de la transition numérique des économies, à la faveur des mesures de distanciation sociale2. Certains pays ont ainsi vu les connexions Internet et à distance augmenter jusqu’à 60% au cœur de la première vague au printemps 20203. Les services publics ont su, dans l’urgence, adapter leurs méthodes de travail pour faire face pendant la pandémie en préservant l’accès aux services essentiels4.

Mais la crise a également mis en exergue le chemin restant à parcourir pour moderniser les administrations afin d’assurer un accès qui soit à la fois de qualité et équitable aux services publics à l’ère du digital5, en particulier dans le secteur éducatif où les impacts territoriaux et par groupes cibles de la crise ont été fortement différenciés. 


Dans ce contexte, la modernisation et la digitalisation des administrations et services publics font l’objet d’une attention particulière dans l’ensemble des quatre pays étudiés (France, Allemagne, Italie, Espagne), et représentent plus de 20 milliards d’euros d’investissement.

Deux piliers d’investissement prioritaires se dégagent : 

  • Améliorer le partage des données, l’interopérabilité des systèmes et accélérer la transition vers le cloud. En Allemagne par exemple, un plan national de 500 millions d’euros autour de la donnée (« data as a basic resource for the future ») est mis en avant comme l’élément moteur de la politique de digitalisation de l’administration sur les prochaines années. En Italie, le plan de relance doit également accélérer l’interopérabilité des systèmes et des données avec notamment la mise en place d’une plateforme unique nationale qui devra assurer le partage des informations entre les divers services publics, et la consécration du principe « dites-le nous une fois ». 
  • Améliorer l’accès à distance aux services tout en consolidant la sécurité (cybersécurité et identité digitale). En Allemagne par exemple, trois milliards d’euros sont prévus dans le cadre de la mise en œuvre de la loi « accès en ligne » (Onlinezugangsgesetzes OZG) au service des particuliers comme des entreprises.

Mais au-delà des investissements structurels dans les infrastructures et les équipements, les Gouvernements tirent également les leçons du changement de société qui s’opère, notamment autour du développement du travail à distance, et mettent désormais davantage l’accent sur le nécessaire accompagnement des agents publics à ces nouvelles modalités de travail.

Ainsi, alors que 35% des dirigeants estimaient avant la crise que la prise en compte globale du bien être des collaborateurs était de leur responsabilité, ils sont désormais 50% à le déclarer selon une récente enquête Accenture6.

Cette exigence d’accompagnement est prise en compte dans les plans de relance avec, par exemple, en France, 208 millions d’euros consacrés à la qualité du travail à distance et, en Italie, la mise en place d’une taskforce spécifique « performance » ainsi que des programmes de formation pour les agents. 
 

2. Préparer et accélérer la croissance verte 

A l’échelle mondiale, la nécessité d’inscrire la relance dans une accélération de la transition vers des économies vertes et soutenables a également été mainte fois soulignée. L’Europe fait des efforts significatifs à cet égard à travers la condition posée de voir 37% des fonds engagés dans le cadre des plans de relance au service de la croissante verte. Cela représente plus du double des investissements en faveur du verdissement des économies dans le cadre des mesures de relance à l’échelle de l’OCDE7

A cet égard, les plans de relance présentés dans les quatre pays considérés mettent fortement l’accent sur deux dimensions : 

  • D’abord et pour l’essentiel, l’investissement dans la transition vers un monde décarboné : dans tous les pays, les « mesures vertes » incluent en priorité des investissements pour favoriser le développement des énergies renouvelables et de l’hydrogène, pour encourager les mobilités vertes et enfin en faveur des constructions vertes. En Allemagne, parmi l’ensemble des investissements prévus dans le cadre du plan de relance présenté à la Commission européenne, ces trois dimensions représentent le premier poste d’investissement avec plus de 11 milliards d’euros, dont la moitié concerneront les mobilités vertes. L’Italie met l’accent sur l’efficacité énergétique des bâtiments, pour plus de 15 milliards d’euros, dont l’essentiel viendront financer des mesures de déductions fiscales pour les travaux visant à améliorer l’efficacité énergétique ou réduire le risque sismique. En Espagne, près de 16 milliards d’euros seront consacrés pour des projets visant les trois dimensions, mais seuls les projets pouvant justifier d’un impact d’au moins 30% en termes d’économie énergie seront éligibles. 
  • Ensuite, et dans une moindre mesure, des chaînes logistiques plus responsables, notamment à travers la promotion de l’économie circulaire (pour plus de 5 milliards d’euros en Italie et près de 4 milliards d’euros en Espagne notamment). 

Si les efforts sont notables, l’impact des mesures sur la capacité des Etats membres à atteindre les objectifs de développement durable fixés au niveau européen reste cependant débattu.

Deux dimensions d’analyse doivent être considérées ici. D’une part, au-delà de la transition vers un monde décarboné et l’encouragement de l’économie circulaire, quatre axes d’investissements, qui dépendent au moins autant de l’engagement du secteur privé que de l’action publique, seront indispensables à la réussite de la transition verte : 

  • Technologies vertes, durables et cloud :  réduire l’empreinte écologique des technologies à travers notamment une migration soutenable vers le Cloud 
  • Mesures de la soutenabilité, comptabilité verte et analytics, pour inclure la dimension de soutenabilité et de développement durable dans la mesure de performance 
  • Culture et organisation, à travers le développement d’operating models soutenables et la mise en œuvre d’une « culture » et de « compétences » sur ces sujets au sein des organisations
  • Prendre en compte les nouvelles attentes des consommateurs et intégrant les enjeux de soutenabilité et de transition écologique dans la conception même des produits et des stratégies de marque 

D’autre part, les analyses disponibles8 suggèrent que le mix global des plans de relance entre mesures positives pour l’environnement, mesures neutres et mesures négatives demeure encore trop mitigé à ce stade. 

Qu’il s’agisse de la modernisation et digitalisation des administrations ou d’accélérer la transition en faveur d’une croissance verte, les montants engagés, couplé à la forte attente citoyenne de changement pour préparer le « monde d’après », représentent une opportunité historique de reconstruire en mieux nos économies.

 Alors que la pandémie a mis en exergue notamment notre vulnérabilité croissante aux aléas environnementaux ou encore le poids des inégalités, l’espoir est bien que la crise joue un rôle de catalyseur de changements.

Dans le prochain article, nous nous intéresserons ainsi aux modalités de sélection des projets ainsi qu’aux modalités d’évaluation des mesures de relance. 

Xavier Auburtin, Directeur Exécutif, Conseil en management pour le Secteur Public en France, Accenture
Gabriel Bellenger, Directeur Exécutif, Conseil en management pour les activités Santé et Secteur Public en Europe, Accenture
Camille Guezennec, Senior Manager secteur public, Accenture

1Dans le cadre d’une collaboration avec Oxford Economics dont les résultats sont à paraître, Accenture estime que la résilience des économies européennes mesurée ainsi pourrait intervenir dès la fin 2021 en Allemagne et s’étaler tout au long de l’année 2022 en Italie, en Espagne, en France et au Royaume-Uni.
2Voir notamment OECD (2020), Digital economy outlook
3https://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/keeping-the-internet-up-and-running-in-times-of-crisis-4017c4c9/
4https://www.accenture.com/us-en/insights/public-service/coronavirus-public-service-for-a-new-era
5Accenture : Quel monde d’après dans le secteur public ? https://www.accenture.com/_acnmedia/PDF-135/Accenture-HPS-PS-Survey-VF.pdf
6Accenture, Public service as a career of choice - https://www.accenture.com/us-en/insights/public-service/career-choice
717% en moyenne des financements d’après OECD – green recovery data base
8https://www.greenrecoverytracker.org/; – OECD green recovery database : https://www.oecd.org/coronavirus/policy-responses/the-oecd-green-recovery-database-47ae0f0d/

 

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